
La Marmite Du Gros Plein De Soupe - Roman autobiographique (manuscrit inachevé)
La Marmite Du Gros Plein De Soupe est un roman autobiographique qui raconte l'histoire d'un personnage que l'auteur a choisit d'appeler Le Gros Plein De Soupe puisque depuis sa jeunesse, sa vie est en rapport avec la nourriture. La gamelle étant son meilleur allié pour passer au travers de l'existence pénible de ses déboires. Il nous raconte, au travers un langage culinaire, comment il est arrivé a vivre jusqu'à ce jour en transcendant tous ses casseroles brulées!

LA MARMITE DU GROS PLEIN DE SOUPE - PROLOGUE
Tout a commencé bien avant la route, avant les déroutes ; bien avant le temps des recettes manquées, des destins improvisés ; bien avant d'avoir goûté la chair, le péché mignon, d'avoir douté de tout, debout, à genou, et de s'être cruellement brûlé les ailes au feu de ses propres élans.
Pour le Gros Plein de Soupe, le mot « amour » a longtemps été une recette imaginaire, un plat froid, fantôme aux ingrédients parfaits qu’il mélangeait sans jamais se permettre une dégustation sincère.
Sans cuillère, un grand point d'interrogation restait suspendu au-dessus de la tabletière, servant de seul festin à son appétence.
C’était sa denrée rare, un luxe qu'il cherchait sans cesse à mettre au menu de ses jours, mais dont la recette semblait toujours écrite dans une langue étrangère.
Y avait-il seulement une terre promise pour lui, une sorte de patrie de l'esprit où la perfection n’est pas une punition, mais une pure fiction que l'on cherche à apprivoiser depuis l'enfance ?
Comment savoir, après tout, s'il fut l'accord parfait d'un baiser français ou le fruit de ses parents baisant sur la banquette arrière, créant simplement un joyeux accident de la route, une de ces folles embardées du cœur où la vie décide de mettre en scène un destin d'improvisation, un grand théâtre de l'imprévu brodé à main levée avec le fil de l'insouciance.
C'est dans ce décor "émotivant" qu'il a grandi, trimbalant sa grande carcasse et ses doutes comme on porte un tablier trop grand pour soi.
À l'époque, la seule stratégie de p'tit gars gourmand qu'il avait trouvée pour atteindre ses fins, c'était d'aider sa mère aux fourneaux : un paravent diplomatique très calculé pour pouvoir plonger les doigts dans le bol et chaparder le glaçage bien avant que le gâteau ne soit prêt.
Car chez lui, l’enfance n'était pas un champ de bataille, mais un jardin de paix ; jamais un éclat de voix, jamais une chicane de parents pour faire trembler la vaisselle, et encore moins de violence pour froisser l’innocence.
Jusqu’à l’âge de douze ans, il fut un enfant comblé, un petit roi sans couronne qui n’avait jamais manqué de rien, et surtout pas de pain sur la table, vivant dans un cocon si douillet que le mot « misère » semblait être une invention pour les dictionnaires des autres.
Son père, c’était la figure d'autorité, un homme droit comme un point d’exclamation, mais dont la présence restait pourtant un grand point d’interrogation tant il était absent même en étant sur place — un phare silencieux qui surveillait le large sans jamais descendre sur la plage.
À l'autre bout de la table, sa mère était une véritable ambassadrice du *peace and love*, une tisseuse de douceur et de compassion chez qui l'accueil n'était pas une politesse, mais une seconde nature ; c'est d'elle qu'il a hérité ce gène de la marmite ouverte, cette capacité d'aimer l'autre sans lui demander son passeport pour la tendresse.
Pourtant, dans la trame de ce tapis de soie, un fil plus secret s'était glissé dès le berceau : une sœur adoptive, sa presque jumelle de quinze mois son aînée, avec qui il avait partagé l’aube de la vie.
En arrivant au cap des sept ans, l'âge où l'enfance commence à compter ses billes, le conte de fées se mit à faire des nœuds : habitée par le vertige invisible de ses racines manquantes, elle devint la petite tempête du nid, une ombre dérangeante qui griffait le silence pour vérifier si l'amour de la maison était fait de pierre ou de papier.
C'est face à cette grande sœur en quête d'ancrage, dont l'insécurité se traduisait par des vagues d'agressivité matinale, qu'il fit ses toutes premières armes de diplomate de salon.
Ce fut un laboratoire quotidien où, lui qui n'aspirait qu'au silence, à la paix et à la tranquillité pour éveiller ses matins en douceur, dut apprendre à encaisser la tempête sans fracas, amorçant bien malgré lui le lent processus d'endurcir son cœur — le tout début de la création de ce caillou de protection qu'il y dissimulerait plus tard.
Pourtant, ce cocon si douillet recélait une réalité plus complexe qui s'est imposée au cap de ses dix ans, un univers de tabous qui allait profondément marquer son rapport au monde.
Sans l'avoir choisi, le jeune garçon et sa sœur furent entraînés par leurs parents dans l'univers des camps de nudistes.
Cette philosophie parentale et ce mode de vie particulier ont nourri entre le frère et la sœur, le reste de l'année, une dynamique bien à eux.
Privés de repères, leurs jeux secrets se sont tournés vers une forme de gourmandise précoce : une exploration clandestine de la chair, une envie de mordre dans le fruit défendu de la sexualité bien avant l'heure, teintant l'aube de leur adolescence d'une maturité déroutante.
Dès que revenaient les longues vacances d'été, la dynamique se brisait : sa sœur quittait la maison pour toute la saison, laissant le garçon face à un double vide.
Poussé à l'extérieur, il se retrouvait alors dans une solitude absolue alors que ses parents s'adonnaient à leurs jeux.
C’est là, dans ces journées étirées comme du vieil élastique sous un soleil de plomb, qu'il a fait la rencontre du véritable ennui.
Un ennui qui n'avait rien d'un caprice d'enfant, mais qui possédait la couleur grise des trottoirs surchauffés et le poids d'un silence trop lourd pour ses épaules.
Le temps devenait une matière épaisse, une eau stagnante où les heures refusaient de couler.
Laissé totalement à lui-même, il regardait la poussière danser dans les rayons de lumière, unique spectacle d'un monde mis sur pause.
Cet ennui vertical, immense, c’était le vertige de n'être attendu nulle part, d'être le seul point sur une page blanche.
Pour tromper ce grand désert estival et meubler ce vide qui bourdonnait à ses oreilles, le p'tit gars gourmand a dû apprendre à apprivoiser l'absence.